Être actif pour atteindre ses objectifs professionnels

par Valérie Hervieux 

Dans mon dernier article, j’expliquais comment l’activité physique pouvait augmenter de façon indirecte la performance de l’entreprise, notamment par l’amélioration de la productivité des employés. On y apprenait également que la pratique d’activité physique réalisée au sein de l’organisation pouvait améliorer le climat de travail et faciliter la communication entre les employés. Ces bénéfices profitent davantage à l’organisation, mais qu’en est-il des bénéfices pour les employés? Au cours des prochaines lignes, je traiterai des bienfaits que peuvent retirer les employés à être plus actifs physiquement.

Les bienfaits de l’activité physique pour la santé physique sont bien connus de tous, par exemple la prévention et le traitement des maladies cardiovasculaires1, 2 et chroniques1 ainsi que la prévention de certains cancers tels que ceux du sein1, 3, du côlon4 et du poumon5. Le but de cet article n’est pas d’énumérer les nombreuses raisons pourquoi être actif est bon pour la santé. L’objectif est plutôt de mettre en évidence les bienfaits de l’activité physique qui ont un impact sur notre capacité de travail et notre vie professionnelle.   

Prévention des troubles musculosquelettiques

Les personnes physiquement actives ont une meilleure condition physique, ce qui leur permet d’effectuer leurs tâches quotidiennes au travail avec facilité et énergie. Avoir une bonne condition physique est également un facteur de protection des troubles musculosquelettiques (TMS). Les TMS touchent principalement les nerfs, les tendons, les articulations et les muscles et les troubles les plus fréquents sont les maux de dos, les bursites, les tendinites et le syndrome du tunnel carpien6. Les TMS peuvent être causés, aggravés ou accélérés par le travail et près d’un Québécois sur cinq est atteint d’un TMS7. La pratique régulière d’activité physique aide au contrôle des douleurs au cou chez les employés travaillant en position assise et soulage les douleurs lombaires chez les employés ayant un travail plus exigeant physiquement8. Bref, être actif physiquement est une bonne stratégie pour prévenir certains troubles musculosquelettiques et réduire les inconvénients qui y sont associés9.

Prévention des troubles liés à la santé psychologique

Au Québec, près d’un employé sur quatre se dit en situation de détresse psychologique10. L’épuisement professionnel, qui est désormais considéré comme une maladie selon l’Organisation mondiale de la santé, affecte 4% des Québécois10. L’activité physique, par ses nombreux effets positifs sur la santé psychologique, a le potentiel de prévenir le stress au travail, la détresse psychologique et l’épuisement professionnel. En effet, la pratique d’activité physique améliore l’humeur11, 12, réduit les symptômes de stress11, 13, d’anxiété14 et de dépression13, 15,16. L’activité physique agit à deux titres : en tant que prévention et en tant que traitement, car les effets bénéfiques de la pratique d’activité physique sur la santé psychologique sont reconnus tant chez les personnes ayant des troubles psychologiques que chez celles qui n’en ont pas13. Ainsi, être actif physiquement c’est aussi contribuer à sa santé psychologique pour être en mesure de relever ses défis professionnels.

Amélioration des fonctions cognitives

En plus d’avoir des bienfaits sur la santé psychologique, la pratique régulière d’activité physique contribuerait à la santé cognitive en freinant le déclin de certaines fonctions cognitives17, qui survient naturellement au fil du temps. Les recherches ont permis de découvrir que le cerveau humain conserve sa capacité à créer et à s’adapter, et ce, malgré l’avancement en âge17,18, 19. Cette capacité se nomme la plasticité cérébrale. La pratique régulière d’activité physique serait l’une des façons de tirer profit de cette plasticité en favorisant le développement de certaines fonctions cognitives17. L’activité physique a été associée à un meilleur traitement de l’information19,20, à une meilleure mémoire17 et attention20, ainsi qu’à une augmentation de la créativité21. Bref, en étant actif, vous améliorez vos fonctions cognitives qui sont essentielles à la réalisation de vos objectifs professionnels!

Mais la présence au travail n’est pas un gage de productivité…Plusieurs employés, bien qu’ils soient physiquement présents au travail ne sont pas fonctionnels, alors que d’autres peuvent être absents du lieu de travail (ex. : travailler de chez soi) et être tout à fait efficaces. Dans mon prochain article, je discuterai du présentéisme qui désigne le fait d’être présent au travail alors qu’on est malade. J’expliquerai en quoi l’activité physique peut être utile pour gérer ce phénomène inquiétant et en croissance.

 

Valérie Hervieux
MSc, candidate au doctorat en management
https://www.promouvoirlasante.com/

 


Références

1) American College of Sports Medicine (2017). ACSM’s Guidelines for Exercise Testing and Prescription, 10 ed, Wolters Kluwer, 472 p.

2) Comité scientifique de Kino-Québec (1999). Quantité d’activité physique requise pour en retirer des bénéfices pour la santé, avis du Comité scientifique de Kino-Québec, Direction du sport et de l’activité physique, ministère de l’Éducation, Gouvernement du Québec, 27 p.

3) Friedenreich, C. M., Courneya, K. S., et coll. (2001). « Influence of Physical Activity in Different Age and Life Periods on the Risk of Breast Cancer », Epidemiology, vol. 12, no 6, p. 604-612.

4) Moore, S. C., Lee, I.-M., et coll. (2016). « Association of Leisure-Time Physical Activity with Risk of 26 Types of Cancer in 1.44 Million Adults », Journal of the American Medical Association Internal Medicine, vol. 176, no 6, p. 816-825.

5) US Department of Health and Human Services (2008). Physical Activity Guidelines for Americans : Be Active, Healthy, and Happy!, [https://health.gov/paguidelines/]

6) Réseau de santé publique en santé au travail. (2015). Qu’est-ce qu’un trouble musculosquelletique? Repéré à (13 décembre 2019) : http://www.santeautravail.qc.ca/documents/127206/211403/1073029_doc-HBio1.pdf 

7) Vézina, M., Cloutier, E., et coll. (2011). Enquête québécoise sur des conditions de travail, d’emploi et de santé et de sécurité du travail (EQCOTESST), Études et recherches; rapport R-691, Gouvernement du Québec, Institut national de santé publique du Québec, Institut de la statistique du Québec, Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail, 986 p.

8) Coury, H. J., Moreira, R. F., et coll. (2009). « Evaluation of the Effectiveness of Workplace Exercise in Controlling Neck, Shoulder and Low Back Pain : A Systematic Review », Brazilian Journal of Physical Therapy, vol.13, n°6, p. 461-479.

9) Agence de la santé et des services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean (2012). La prévention des troubles muscuolsquelettiques (TMS) liés au travail : rapport du directeur de santé publique 2012, Gouvernement du Québec, 16 p.

10) Marchand A, Blanc M-E, Durand P. Genre, âge, catégorie professionnelle, secteur économique et santé mentale en milieu de travail: les résultats de l’étude SALVEO. Canadian Journal of Public Health. 2015;106(4):e223-e9.

11) Canadian Society for Exercise Physiology. (2013). Physical Activity Training for Health (CSEP-PATH), Ottawa, 210 p.

12) Scully, D., Kremer, J., et coll. (1998). « Physical Exercise and Psychological Well Being : A Critical Review », British Journal of Sports Medicine, vol. 32, no 2, p. 111-120.

13) Raglin, J. S. et Wilson, G. S. (2012). «Exercise and its Effects on Mental Heatlh», Dans : Bouchard, C., Blair, S. N., Haskell, W., éditeurs, Physical Activity and Health, Second ed, Human Kinetics, Champaign.

14) Wipfli, B. M., Rethorst, C. D., et coll. (2008). « The Anxiolytic Effects of Exercise: A Meta-Analysis of Randomized Trials and Dose–Response Analysis », Journal of Sport and Exercise Psychology, vol. 30, no 4, p. 392-410.

15) Eime, R. M., Young, J. A., et coll. (2013). « A Systematic Review of the Psychological and Social Benefits of Participation in Sport for Children and Adolescents : Informing Development of a Conceptual Model of Health Through Sport », International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, vol. 10, no 1, p. 98. 

16) Ströhle, A. (2009). « Physical activity, exercise, depression and anxiety disorders », Journal of Neural Transmission, vol. 116, no 6, p. 777. 

17) Erickson, K. I., Voss, M. W., et coll. (2011). « Exercise Training increases size of hippocampus and improves memory », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 108, no 7, p. 3017-3022.

18) Colcombe, S. et Kramer, A. F. (2003). « Fitness Effects on the Cognitive Function of Older Adults : A Meta-Analytic Study », Psychological Science, vol.14, n°2, p. 125-130. 

19) Hillman, C. H., Erickson, K. I., et coll. (2008). « Be Smart, Exercise your Heart : Exercise Effects on Brain and Cognition », Nature Reviews Neuroscience, vol. 9, no 1, p. 58.

20) Smith, P. J., Blumenthal, J. A., et coll. (2010). « Aerobic Exercise and Neurocognitive Performance : A Meta-Analytic Review of Randomized Controlled Trials », Psychosomatic Medicine, vol. 72, no 3, p. 239.

21) Oppezzo, M. et Schwartz, D. L. (2014). « Give your Ideas some Legs : The Positive Effect of Walking on Creative Thinking », Journal of Experimental Psychology : Learning, Memory, and Cognition, vol. 40, no 4, p. 1142.

Close

50% de complété

Abonnement gratuit

Quand tu auras cliqué sur 'S'abonner', tu recevras un courriel grâce auquel tu pourras récupérer ton magazine.