La controverse du DER-S

3 raisons de se ranger du côté du comité international olympique 


par Sarah Beausoleil

Vous avez probablement déjà entendu parler de la triade de l’athlète féminine, cette condition où l’athlète présente un désordre alimentaire, une aménorrhée (absence de menstruations) et une densité osseuse diminuée. Cette problématique a été étudiée pendant des décennies, remontant aussi loin que dans les années 19602. Ce phénomène est d’ailleurs toujours d’actualité puisque, par exemple, l’aménorrhée est présente chez plus de 65% des femmes coureuses de longues distances!3 Toutefois, plus d’hommes que de femmes semblent actifs physiquement. En effet, 61% des Canadiens et 39% des Canadiennes rapportent pratiquer de l’activité physique de façon régulière1.

Les scientifiques du comité international olympique se sont donc aussi intéressés à la santé des hommes dans le sport et ont pu observer des conditions similaires chez ces derniers (évidemment sans considérer le facteur de l’aménorrhée). Par exemple les hommes cyclistes élites présentent un taux de 50% de désordres alimentaires4. C’est pourquoi ils ont élargi la définition et la caractérisation de ce phénomène, le dénommant maintenant le Déficit Énergétique Relatif dans le Sport ou DER-S. Le DER-S se défini comme l’expérience de fonctions physiologiques altérées comprenant, mais n’étant pas limitées à, la synthèse des protéines et la santé cardiovasculaire le métabolisme, le cycle menstruel, la santé osseuse, le système immunitaire, tous causés par un déficit énergétique relatif.

Cette redéfinition de terme a suscité des réactions polarisées dans la communauté scientifique et sportive2. Dans les lignes qui suivent, je vous présenterai les aspects importants qui ressortent de cette nouvelle approche et les outils que vous pourrez utiliser dès maintenant pour votre santé ou celle d’un proche.

1. Des outils validés scientifiquement pour guider votre pratique sportive

Dans l’article du comité international olympique, les auteurs fournissent quelques outils de suivi super intéressants. Par exemple, il est possible de faire un calcul rapide pour connaître notre niveau d’énergie disponible (ED). La formule qu’ils utilisent est la suivante :

ED (kcal/kgMM/jour) = EC (kcal/jr) – DES (kcal/jr)*

Il faut comprendre que la mesure de chacun de ces paramètres demande une certaine expertise, mais vous pouvez l’utiliser à titre de mesure de suivi et voir si votre tendance est à la hausse, à la baisse ou stable.

Les auteurs indiquent également que le questionnaire BEDA-Q (Brief Eating Disorder in Athletes Questionnaire) est un outil pratique qui permet de distinguer la présence ou non de désordres alimentaires chez les athlètes et pourrait prévenir l’apparition de nouveaux cas en l’utilisant annuellement, permettant ainsi d’agir à temps si un trouble se développe.

2. Des solutions pour contrer le déficit énergétique relatif

Les auteurs proposent d’inclure des suppléments riches en énergie (par exemple des repas liquides ou shake) à l’alimentation habituelle parallèlement à une légère diminution de la demande énergétique par l’entraînement, le temps de rééquilibrer l’énergie relative. Ils proposent aussi, toujours pour les athlètes souffrant de déficit énergétique relatif, d’enrichir leur plan alimentaire de 300-600kcal/jour, d’évaluer les pratiques d’utilisation de l'énergie autour des séances d'exercice (le reste de la journée), la composition du régime alimentaire et le stress lié à l'alimentation. Pour une récupération optimale, il serait préférable de consommer la quantité de protéines et de glucides recommandée pour refaire les stocks en glycogène dans le foie.

3. Des outils de prévention pour l’entourage de l’athlète

Le comité international olympique fournit des conseils à l’entourage des athlètes, pouvant parfois se sentir inutile dans la vie sportive de leur proche. En quelques points, voici des petits conseils pour vous permettre de prévenir le développement du DER-S :

  • Favoriser une alimentation et une nutrition saine à la maison;
  • Diminuer l’emphase sur le poids corporel et voir l’alimentation et la nutrition comme des alliés à la performance sportive;
  • Développer des objectifs réalistes et reliés à un mode de vie sain;
  • Éviter les critiques sur le poids et la forme corporelle de l’athlète;
  • Utiliser de l’information fiable;
  • Promouvoir la sensibilisation de la famille au fait qu’une bonne performance athlétique n’est pas nécessairement associée à une bonne santé de l’athlète;
  • Encourager et supporter l’athlète face à un traitement adéquat, s’il doit y avoir recours.

En terminant, je tiens à préciser que le terme « athlète » ne désigne pas seulement les sportifs qui compétitionnent aux Jeux olympiques. Tous les sportifs peuvent être atteints du DER-S, il faut donc rester à l’affût!


Sarah Beausoleil

Kinésiologue M.Sc. 

Fondatrice du Class-E Entraînement hybride
www.leclass-e.ca

 
 
*MM = Masse maigre; EC = Énergie consommée; DES = Dépenses énergétiques sportives

À propos de Sarah

Sarah est la fondatrice du Class-E Entraînement hybride. Conjointement à sa formation universitaire au baccalauréat ainsi qu’à la maîtrise en recherche en kinésiologie, elle a acquis plus de quatre ans d’expérience en entraînement privé. C’est ainsi qu’elle s’est rapidement intéressée aux effets bénéfiques, mais mal connus, de l’activité physique sur la santé et l’équilibre mental. Parallèlement au lancement du Class-E, Sarah poursuit une formation doctorale, lui permettant de vous informer sur les plus récentes avancées scientifiques dans le domaine.

www.leclass-e.ca


Crédit photo de couverture : unsplash


Références

1. https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/190521/dq190521c-eng.htm
2. De Souza MJ, Williams NI, Nattiv A, Joy E, Misra M, Loucks AB, Matheson G, Olmsted MP, Barrack M, Mallinson RJ, Gibbs JC. Misunderstanding the female athlete triad: refuting the IOC consensus statement on Relative Energy Deficiency in Sport (RED-S).
3. Mountjoy M, Sundgot-Borgen J, Burke L, Carter S, Constantini N, Lebrun C, Meyer N, Sherman R, Steffen K, Budgett R, Ljungqvist A. The IOC consensus statement: beyond the female athlete triad—Relative Energy Deficiency in Sport (RED-S). Br J Sports Med. 2014 Apr 1;48(7):491-7.
4. Ferrand C, Brunet E. Perfectionism and risk for disordered eating among young
French male cyclists of high performance. Percept Mot Skills 2004;99(3 Pt
1):959–67.

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